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Benoît Melançon, «En bref : l’Adieu aux Anges / Frédéric Fajardie», Spirale, 51, avril 1985, p. 7. L’Adieu aux Anges de Frédéric H. Fajardie, Paris, Denoël, coll. «Sueurs froides», 1984, 143 p.
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Deux suicides, un viol collectif suivi d’une éviscération à la grenade, une défiguration au vitriol, huit morts par balles, une explosion de voitures, quatre assassinats spectaculaires (par le choix des armes : perceuse, cuve d’acide suspendue à un hélicoptère, brochettes, couteau), sans parler des violences «manuelles» : baffes, coups de poing, etc. C’est peu dire qu’on meurt et qu’on brutalise beaucoup dans l’Adieu aux Anges de Frédéric Fajardie. Or le crime en lui-même n’y a guère d’importance, signe parmi d’autres d’un désarroi essentiel : «Il y a peut-être une correspondance entre la façon de tuer, je veux dire l’apparat, le cérémonial, le décorum et puis, d’une façon générale, l’époque et ses spécificités. C’est un peu comme si la vengeance proprement dite et le spectacle de la vengeance avaient, au bout du compte, autant d’importance.» Malgré son omniprésence, la violence n’est pas plus ici une fin en soi que dans la dizaine d’autres livres (très) noirs de Fajardie. Dans un Paris «aux allures de poubelle», le romancier peint l’échec de toute tentative d’évasion, la mort toujours présente, inéluctable. La tragédie y est quotidienne, comme la pauvreté, le racisme, les scandales politiques, les bavures policières, la résignation, le vieillissement. Pourtant, dans cet univers «crépusculaire», douloureusement actuel, perce subitement, dans le même temps que la violence, une tendresse désespérée : l’amitié, l’amour, l’enfance, même s’ils ne triomphent jamais de la grisaille, illuminent parfois un visage, une situation. Pas de sentimentalisme pour autant, l’auteur et ses héros ne pouvant être dupes : l’idée de la mort ne les quitte pas. On comprend que l’intrigue ne soit pas l’essentiel des textes de Fajardie : d’abord parce que l’auteur lui préfère la peinture des personnages, policiers ou tueurs à la fois banals et hors du commun, proches et lointains, mais surtout parce que la fiction ne saurait donner cohérence à un monde qui en manque jusqu’à l’écoulement. Là où le dernier refuge de l’originalité est dans le crime, rien (littérature, ironie, rêves) ne permet de détacher complètement son regard de l’éclatement de la sauvagerie, de la mort glacée. Puisque aussi bien le monde ne se laisse plus saisir comme totalité, l’écriture de Fajardie est sèche, hachée, rapide, plus proche des choses vues que du polar classique. On a d’ailleurs déjà dit du romancier qu’il était le roi du bermuda story : ni nouvelle, ni roman, utilisant les règles de l’une pour transformer l’autre. Au narrateur d’une nouvelle de la Mare du petit malheur, qui demandait «qui peut prétendre maîtriser un carnage ?», il faut répondre par le nom d’un véritable écrivain : Fajardie. Dans l’Adieu aux Anges, si c’est le carnage qui attire le lecteur, c’est cette maîtrise qui le retient, non pas la trame événementielle : la guerre que livrent Markus et ses deux adjoints à un pilote d’avion fou de vengeance.
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