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Donald Westlake, 1983, couverture

Benoît Melançon, «Le syndrome Ludlum : Kahawa / Donald Westlake», Spirale, 41, mars 1984, p. 41.

Kahawa. Roman de Donald Westlake, Montréal, Libre expression, 1983, 369 p. Ill. Traduction de Jean-Patrick Manchette.

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Sous la signature de Richard Stark, Tucker Coe ou la sienne propre, Donald Westlake a écrit depuis 1960 plus de quarante romans policiers où la minutieuse description des crimes le dispute en importance à la peinture des personnages. Dortmunder et Parker, les principaux héros de Westlake, sont des spécialistes de la planification : le premier a déjà réussi à voler cinq fois le même diamant, le second, à s’emparer d’une ville complète. Malgré le génie de ces professionnels survient toujours un pépin qui fait foirer le coup le mieux préparé, la faute en revenant alors à un amateur pressé ou à un professionnel avide.

Kahawa (370 pages de texte serré), Westlake exploite la même technique, mais à partir d’une intrigue plus complexe qu’à l’ordinaire, et saupoudre le tout d’exotisme, d’érotisme et de violence. Ici, Lew Brady et Frank Lanigan, après avoir réussi à voler le train (!) contenant la récolte du café (kahawa) ougandais, sont roulés par l’infâme Baron Chase, mercenaire américain devenu le bras droit d’Idi Amin Dada. Sur fond d’atrocités policières, de rivalités raciales et d’effondrement politique, Westlake élabore son intrigue de la même façon que dans la série des Parker : entrée en scène de l’organisateur, financement du projet, arrivée des complices, réalisation du coup, forfaiture finale. Malgré qu’elle soit éprouvée, cette recette n’est pas sans défaut.

Les personnages, rapidement campés, ne sont souvent que de simples caricatures : Brady est un mercenaire idéaliste, amoureux d’une forte femme, Ellen Gillespie; Lanigan est aussi brutal que Chase est fourbe; l’intermédiaire entre les vendeurs et les acheteurs de café, Sir Richard Lambsmith, représente l’aristocrate britannique type; Patricia Kamin, l’espionne lubrique, réunit tous les traits de l’Africaine sensuelle. Par contre, les personnages secondaires sont relativement intéressants : Isaac Otera, l’expatrié ougandais fanatique, Balim père et fils, les commerçants en mal d’aventure, Charlie, l’homme à tout faire des Balim, plus rusé qu’il n’y paraît.

Mais une galerie de personnages ne fait pas un roman. Dans Kahawa, Westlake souffre de ce que l’on pourrait appeler le syndrome Ludlum. De puis que les gros thrillers de ce romancier en ont fait un auteur à succès, on peut se demander s’il n’existe pas une ludlomanie : il s’agirait, chez certains romanciers, d’écrire de gros livres dont les principaux ressorts seraient la véracité (voir l’équipe qui a secondé Westlake), le suspense (en changeant souvent de lieu et d’espace, on maintient l’intérêt du lecteur, l’extraordinaire (une intrigue aux ramifications internationales), parfois l’humour et / ou l’érotisme, toujours la violence physique et / ou politique. Westiake, spécialiste des courtes intrigues, n’a toutefois pas le souffle qui caractérise l’auteur de la Mémoire dans la peau : sa première tentative de best-seller, Kahawa, n’est qu’un gros thriller assez décevant.


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